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Plaisir de la défaite, le secret du panache
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dans blog — Brennos le 17 août 2011 à 13 h 09 min

Aimer les jeux vidéos de guerre en ne sachant généralement que remporter incidemment des victoires à la Pyrrhus ? Conserver le plaisir du jeu intact défaite sur défaite, raclée après massacre ? Possible. À condition de posséder une botte secrète. La mienne, c’est l’idée du panache. Pas le panache lui-même. Celui-ci appartient aux héros véritables, Cyrano de Bergerac ou Albrecht von Wallenstein ou encore Léonidas. L’idée du panache elle ne s’applique qu’aux escrocs rêveurs comme moi.

Rappelons l’objectif de la manœuvre : rendre la partie amusante et stimulante malgré la quasi certitude de la défaite. Au plus haut niveau, cette botte secrète permet même de terminer la partie la tête haute en inspirant presque à son adversaire victorieux une crainte révérencielle. Bravoure gratuite, pleine d’élégance et d’allant, le panache est avant tout une attitude, un style. Dans un jeu de stratégie en temps réel de type Warcraft ou Starcraft, si vous êtes comme moi, vous affronterez sûrement un jour un gamer redoutablement efficace. Alors qu’il aura vendu son âme contre la maîtrise de la micro-gestion, vous serez face au choix cornélien de gérer la production de votre base ou de vous occuper d’unités militaires regrettant déjà le temps où elles n’étaient que de vagues idées perdues au fin fond de l’esprit malade de quelqu’écrivain ou concepteur de jeux vidéos. À ce moment là, vous pourrez rendre les armes et débrancher votre ordinateur, désabusé. Ou alors faire illusion, jouer le panache pendant la partie, puis l’invoquer en vous lissant la moustache entre le pouce et l’index une fois la défaite consommée. Là encore, l’idée de la moustache compte beaucoup plus que la moustache elle-même, au demeurant superflue pour les professionnels du panache.

Bien jouer le panache nécessite souvent une projection dans une réalité passée. Pour les débutants, rien de plus intuitif que la reconstitution de la bataille de Crécy, côté français naturellement. Voici l’ost fleur-de-lysé s’acheminant vers les positions anglaises en l’an de grâce 1346. En raison de la pluie battante, les mercenaires gênois – arbalétriers redoutables – ne peuvent que constater l’inefficacité de leurs armes, leurs cordes détendues par l’eau. Mais voici qu’on aperçoit au loin  les séides de la Perfide Albion qui se tapissent sur quelque hauteur. Au diable les ordres du roi de reporter la bataille au lendemain, les chevaliers français, impatients d’en découdre, piquent des éperons pour charger dans le désordre le plus complet. Les vulnérables arbalétriers gênois entravaient-ils leur mouvement en se débandant devant les Anglais ? Lancés sur leurs puissants destriers et entièrement caparaçonnés dans de lourdes armures, les Français se taillent un chemin dans la masse de ces fâcheux piétons. Stoïques, les chevaliers anglais stationnent derrière une archerie dense et en bon ordre. Devant eux se hérisse une rangée de pieux. Quinze fois se brise la charge désordonnée des lourds cavaliers sur lesquels s’abat une mort sifflante. Dans cet enfer de métal et de chevaux transpercés se succèdent les morts héroïques, de la percée de chevaliers attaquant à pied et complètement submergés à la charge suicidaire du roi de Bohême Jean de Luxembourg qui se précipite contre l’ennemi malgré sa cécité… Ainsi périt la fine fleur de la chevalerie française. Voyez comme le panache est aisé, à tout le moins dans un jeu vidéo : gardez-vous des tacticiens sophistiqués et surtout ne réfléchissez pas trop. Ne pensez qu’à l’éclat !

Naturellement, un zeste de subtilité ne nuit pas toujours à la pratique du panache : penser l’héroïsme jusqu’aux frontières de l’absurde surprendra parfois votre adversaire au point de vous permettre de dominer le champ de bataille. Malgré son résultat éphémère, ce type de coup de main plein de panache s’avère toujours très vexant pour une joueur suffisant, une satisfaction goûtée à sa juste valeurs par tous les maîtres du panache.

Que vous soyez un cybercondottiere plus réputé que Jules II en son temps ou aussi efficace que le connétable Anne de Montmorency à Saint Quentin, cette idée du panache peut-être appréciée par tous car il s’agit en fait d’appréhender le jeu vidéo en rôliste. De dépasser l’expérience mécanique d’habile mais froid manieur de clavier-souris ou de manette en jouant le jeu plus qu’en jouant au jeu. De laisser à l’imagination et au théâtre une place au moins aussi importante que celle de l’In Game.

Contre-exemple : ce joueur n’a pas de Panache.

17 Comments »

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  1. avatar
    Kehlen

    posté le 17 août 2011 @ 21 h 16 min

    Cest subtilement dit, avec la pointe dironie qui convient.
    Je me suis permis de donner ce lien à des amis qui devraient en prendre bonne note.
    Merci 🙂

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    LJD Melior

    posté le 18 août 2011 @ 9 h 24 min

    « Pas le panache lui-même. Celui-ci appartient aux héros véritables, Cyrano de Bergerac ou Albrecht von Wallenstein ou encore Léonidas. »

    Ah, je croyais que Leonidas, c’était la ganache…

    Pardon, je =gt;

  3. avatar
    Sam

    posté le 18 août 2011 @ 14 h 21 min

    Tiens, les vaincus heureux d’avoir été vaincu par les vainqueurs, ça me dit quelque chose…

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    Lysalore

    posté le 18 août 2011 @ 16 h 35 min

    Merci. C’était bien dit.

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    Essential

    posté le 19 août 2011 @ 1 h 56 min

    Je prends les derniers mots comme un plaidoyer pour le rp, le vrai, celui qui quoi qu’il arrive au perso, donne du plaisir au joueur. Et en cela merci.

    Sans parler des jeux comme warcraft ou starcraft auxquels je n’ai jamais joué (mais quand même je connais hein), si on part sur l’exemple des jeux Celsius, on a trop souvent le sentiment que certains jouent leurs propres vies et que pour le coup l’interaction ludique est devenue quasiment inexistante. Ma marionnette passe plus de temps à prendre des volées qu’à en donner à d’autres. Et je m’éclate quand même. C’est peut-être d’ailleurs pour ça que je continue malgré tout à jouer.
    Le côté « son perso se fait poutrer pour la sixième fois mais ljd continue à jouer avec le sourire » étonne bien souvent. Malheureusement je n’arrive pas à faire d’émules.

    La loose irl peut-être, fait que ces mêmes certains ont un besoin viscéral de gagner, gagner, gagner et parfois même écraser des tas de pixels avec peut-être un sourire malsain au coin des lèvres.
    Perdre ne doit pas être un objectif, mais effectivement savoir le faire avec panache, ou avec le sourire, en restant totalement zen c’est peut être tout simplement se souvenir de ce que signifie le si joli mot qu’est « jouer ».

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    Darknesser

    posté le 20 août 2011 @ 23 h 50 min

    Wow, quel excellent article … non mais attendez, cette vidéo (ou plutôt bande son) mais ça me rappelle tellement des potes (et sûrement moi quelques années plus tôt) sur des FPS en ligne. J’adore ça me fait repenser aux joueurs qui t’insultent dans un FPS ou un MMO parce que tu les as tués mais s’ils ne supportent pas de se faire tuer dans un jeu où l’unique principe c’est de se tuer alors je voudrais leur demander : mais qu’est-ce que vous faites là ? ^^

    excellent article vraiment !

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    Galovert

    posté le 21 août 2011 @ 11 h 44 min

    Jolie plume, un véritable régal cette démonstration.

    Mais perdre avec panache est quand même le corolaire de jouer pour gagner.
    Cet ensemble délicieusement indissociable apporte sans coup faillir contraste, dynamisme et donc vie, à nimporte quel RP.

    La muse du joueur qui atteint le ciel par un chemin aussi étroit que la victoire,
    avec panache sait aussi linspirer sur le vaste boulevard de la défaite.

    Pas de panache sans lauriers !!

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    Darknesser

    posté le 22 août 2011 @ 0 h 49 min

    Excusez-moi de reposter encore une fois un commentaire mais cétait vraiment pour remercier, chose que je navais pas vraiment faite correctement dans mon précédent com, Brennos pour la qualité vraiment excellente de son article ainsi que de la vidéo youtube proposée qui a fait le tour de ma vallée, on nen peut plus et on na quun mot à dire : Merci Merci qui ??? Merci Brennoooooos ! 😀

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    Garance

    posté le 25 août 2011 @ 15 h 46 min

    Brennos, montre ton nez pour voir?
    Mmmmmm… tu n’aurais pas du Cyrano qui coule dans tes veines toi?

    Perdre avec panache, pas à la portée de tout le monde.
    Ca suppose de gagner avec panache aussi.

    Ca sous entend que quand on gagne, à part faire gnark, gnark, je t’ai eu, et une bonne décharge d’adrénaline, on ne piètine pas l’adversaire qui est déjà par terre et on ne s’acharne pas sur lui pour assouvir une vengeance qui n’a rien à voir.

    Un peu le « Cher ami.. demain à 6 heures dans le pré qui jouxte le presbytère. Nous serons plus près »

    Mais j’aime beaucoup, beaucoup ^^, même si je n’aime pas perdre^

  10. avatar
    Brennos

    posté le 25 août 2011 @ 16 h 56 min

    Merci à vous^^

    Tout à fait Garance !

  11. avatar
    luciole

    posté le 28 août 2011 @ 18 h 03 min

    bonjour!moi je joue depuis peut aux royaumes renaissants de celsuis online!je me régale

  12. avatar
    andref

    posté le 29 août 2011 @ 9 h 08 min

    lol la vidéo … ^^

  13. avatar
    papapoum

    posté le 29 août 2011 @ 9 h 42 min

    Dites,

    Perdre avec panache, c’est de toute façon la seule opportunité qu’on a si le conflit met trop en difficulté le DR non ? Entre bugs toujrous défavorables pour les mêmes et autres chance insolente au dés, et ce sur plusieurs conflits bien sûr, j’en viens à douter que bcp de choses et cela laisse un goût désagréable en bouche.

    Ne reste que le panache ou le dégoût effectivemment.

  14. avatar
    Lévan

    posté le 29 août 2011 @ 17 h 19 min

    « Entre bugs toujrous défavorables pour les mêmes et autres chance insolente au dés, et ce sur plusieurs conflits bien sûr »

    -= WARNING, TROLL SPOTTED =-

  15. avatar
    Garance

    posté le 30 août 2011 @ 16 h 05 min

    Ah m’sieur Levan justement^^^

    Vous feriez pas un tour sur le conflit au Berry?
    Ou que Brennos remette son article sur « Perdre avec panache »?

    Je crois bien que ça serait utile en fait.

    Ca sent mauvais le mélange^

  16. avatar
    Ljd Kyabetsu

    posté le 31 août 2011 @ 1 h 35 min

    Jimagine bien le bug réfléchir selon un délit de sale gueule.
    Toi je taime pas je vais têtre défavvorable… Cest peut-être un peu excessif nan?
    Vrai qui y a des bugs bien chiants qui tombent a de mauvais moment et qui ne sont pas résolus sur le coup ou qui se résolvent tout seuls… Laissant les joueurs dans des situations injustes si lon regarde les règles mais bon, je crois quil faut accepter les bugs en se disant quils font partie du jeu…
    En gros il faut faire avec^^

  17. avatar
    Galovert

    posté le 3 septembre 2011 @ 13 h 18 min

    Moi je garde mon imagination pour mon RP.
    Ainsi je tente de surfer sur les vagues et tsunamis,
    ou je laisse ma planche au garage.

    Et ceci par simple respect pour les concepteurs et développeurs.
    Si je ne peux rien pour leur grande solitude, je peux les laisser bosser en paix.

    Ce qui ne mempêche pas dapprécier en permanence les impulsions données par lévolution des règles et la gestion du jeu.
    Car je suis un joueur.
    A ne pas confondre avec un légume.

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